
N°33 - août 2000
Unedic :
une première victoire sur le MedefLe non du gouvernement au Pare du Medef et de la CFDT, est une bombe qui explose à la face des patrons. C'est le tournant le plus important à gauche effectué par le gouvernement de Jospin depuis son élection en 1997. Il y a deux mois l'édito du Monde concluait en disant que l'accord Medef-CFDT sur l'Unedic mettait le gouvernement en position de " confrontation " directe avec les patrons. Entre-temps, il y a eu la fantastique mobilisation à Millau, la grève des convoyeurs de fonds, et la victoire des ouvriers de Cellatex à Givet. Le gouvernement n'avait pas d'autre choix.Les termes mêmes du refus, rédigés par Aubry et Fabius (défenseurs des stock-options), reflètent la colère massive qui est en train de se développer en France.Sur les 75 milliards de francs d'économies prévues seuls 4 milliards l’étaient pour l'extension de la couverture-chômage. Seulement 30 000 chômeurs en plus auraient touché des indemnités de chômage. En revanche, le nombre de chômeurs bénéficiant d'allocations " a baissé de plus de 11 points depuis 1993 ". Le surplus de l'Unedic devaient aller vers des baisses de cotisations, notamment celles des patrons " dont la baisse est de 40% plus élevée que celle prévue pour les salariés ". Enfin, ils critiquent la gestion de l'Unedic par les patrons et la CFDT parce que " les efforts des contribuables et, notamment, les 30 milliards de francs [débloqués] en 1993 pour éviter la faillite du régime d'assurance-chômage, ne peuvent rester à sens unique ".En clair, il faut que les patrons paient.La dernière motivation est celle d'empêcher la mainmise des boîtes d'intérim sur le marché de l'emploi.Aubry et Fabius disent que les décisions " doivent rester la responsabilité de l'Etat ".Certes, le gouvernement dit aussi que les chômeurs qui ne cherchent pas vraiment un emploi doivent être sanctionnés et que de nouvelles négociations doivent avoir lieu. Il ne rompt pas avec sa politique de gestion du capitalisme. Mais malgré cela c'est une sacrée claque pour le Medef. Dans une conférence de presse la CFDT, en tant que porte-parole des signataires (et donc du Medef), a annoncé la suspension de leur participation aux organismes paritaires. Seillières, le chef du Medef, a déclaré, " le gouvernement prend une lourde responsabilité sur l'avenir social du pays ". Lutte de classesMarc Blondel, le secrétaire général de Force Ouvrière, qui avait refusé de signer l'accord sur le Pare, a rétorqué que " Le Medef (…) est en train de mettre les ingrédients pour que la lutte de classes prenne le dessus. " C'est le cas. Cette première défaite pour le Medef est aussi un encouragement politique à tous ceux qui résistent aux patrons. C'est la preuve que s’organiser et lutter permet de remporter des victoires.Et elle est en train de préparer une nouvelle crise à gauche. Un mois auparavant la CFDT était vue comme le partenaire social privilégié, et la CGT et FO étaient considérées comme marginalisées. Ce qui vient de se produire a inversé la situation, et va pousser la direction de la CFDT encore plus vers le Medef. Déjà, début mai, Nicole Notat disait que " le Medef fait un hold-up sur les idées de la CFDT ". La renaissance d'une opposition interne forte au sein de la CFDT a déjà commencé, et son syndicat à l'ANPE est sur le point de quitter la CFDT.Le gouvernement, lui ne s'y est pas trompé. Déjà, sept ministres, dont Martine Aubry, et d'autres dirigeants socialistes, comme Strauss-Kahn, ont écrit un texte " La nouvelle donne " dans Libération du 18/6. C'est intéressant parce qu'après avoir approuvé l'efficacité du marché, les auteurs en développent une critique de gauche, souvent d'ailleurs en contradiction avec la politique qu'ils ont mené jusqu'à présent : " Mais le marché ne peut en aucun cas être le tout de l'économie : il privilégie la rentabilité à court terme, ce qui prépare mal l'avenir et crée des inégalités dans des domaines tels que la santé, le logement, l'éducation et qui nécessite donc une prise en charge par des services publics. Il est encore moins le tout de la société, car les principes sur lesquels il se fonde imposent la loi du plus fort et excluent toute solidarité." De la part du gouvernement il y a aussi un calcul électoral. Dans l'ambiance actuelle en France il aurait été un suicide électoral de céder aux patrons et à la CFDT. Parce que cette première victoire a été remportée grâce au développement de luttes, la conclusion à en tirer est qu’il est temps de passer à l'offensive. La pire des choses aujourd'hui serait de se satisfaire d'une victoire, ce serait préparer des retours de bâtons.La combinaison des grèves et des luttes politiques, les élections de 1997 et l'émergence du mouvement anticapitaliste contient effectivement tous les éléments d'une explosion de la lutte de classes. Notre tâche n'est pas de faire des pronostics mais de reconnaître cette dynamique fondamentale et de tout faire pour la développer.
Nick Barrett (Orsay)Une logique de confrontation de masse
Le 3 mai 1936 le Front populaire remporte les élections législatives. Mené par le socialiste Léon Blum, soutenu par le parti communiste, le gouvernement du Front populaire est considéré par les travailleurs comme leur gouvernement. Trois semaines après commencent alors les occupations d'usine et la grève générale de 1936. En effet, la victoire politique de la gauche a servi de détonateur, donnant la confiance aux travailleurs pour reprendre l'offensive. Ce sont les grèves de 1936 qui arrachent les congés payés et la semaine de 40 heures. Le dirigeant de gauche Marceau Pivert publie un article intitulé " Tout est possible ". L'espoir de 1936 sera cruellement déçu. Quatre ans après, la même assemblée votera les pleins pouvoirs à Pétain et au gouvernement de Vichy. Tout sera de nouveau possible. Nous pouvons contribuer à la construction d'une alternative révolutionnaire pour assurer, cette fois, la victoire de notre camp.Chevènement ferme les frontières
Le 20 juillet le ministre de l'Intérieur a annoncé que la France aller tripler les amendes pour les passeurs d'immigrés clandestins, de 10 000 à 30 000 F. Cette annonce a été immédiatement dénoncée par Amnesty International. Le renforcement de contrôles aux frontières va pousser de plus en plus d'immigrés vers des filières clandestines. Augmenter les amendes, loin de dissuader, va simplement augmenter les prix demandées par les passeurs. Pour Amnesty, " les sanctions pourraient donc renforcer les organisations criminelles plutôt que de les combattre " et les risques encourus par les immigrés clandestins vont mécaniquement augmenter. Plus jamais Douvres ! Ouvrons les frontières !Accueil Sommaire du journal Article suivant