N°33 - août 2000

L'exemple de Cellatex

« On ira jusqu’au bout ! »

France-soir annonçait " l'avènement du social-terrorisme " et a traité les ouvriers de " talibans suicidaires ". Le Monde les a comparé à un pilote d'avion qui provoque un accident. Daniel Baupin, porte-parole des Verts les a attaqués parce qu'avec le déversement d'acide dans la rivière " ils sortent de l'expression démocratique de leurs revendications ". Chévènement a dénoncé " la prise en otage des populations voisines ".Le 5 juillet, l'annonce de la mise en liquidation judiciaire de l'usine de filature de Cellatex à Givet dans les Ardennes et du licenciement des 152 ouvriers a déclenché immédiatement l'occupation de l'usine. Les ouvriers ont menacé de faire sauter l’usine pour obtenir des garanties d'emploi. Fin juillet ils ont obtenu de l’État de substantielles primes et aides à la reconversion (maintien du salaire pendant deux ans, prime de 80 000 F et congés de reconversion allant jusqu'à 12 mois), bien plus qu'ils auraient pu espérer au début. La fermeture de Cellatex est un désastre pour la région. Maurad Rabhi, délégué CGT l'a expliqué " On nous bassine avec le fait que l'économie française est en pleine forme, et on laisse crever la pointe de Givet et ses 22% de chômeurs, bientôt plus de 25% quand il faudra compter ceux de Cellatex. " Le secteur du textile a déjà terriblement souffert des restructurations et des licenciements à partir des années 1980. L'organisation syndicale du secteur en est sorti durement touchée. Et l'usine de Givet est petite, 152 salariés. Mais la radicalisation des ouvriers, prêts à tout pour sauver l'emploi, ne peut se comprendre que dans un cadre plus général. 
Combativité ouvrière
Une action comme Cellatex, dans les années 1980 aurait été synonyme de luttes de désespoir et de défaite. Aujourd'hui elle incarne un regain de combativité ouvrière très dure. Elle est dans la lignée de Millau où 100 000 personnes se sont rassemblées en solidarité avec José Bové et les militants de la Confédération paysanne mis en examen pour le démontage du McDo. Elle vient deux mois après la grève très dure des convoyeurs de fonds. Cellatex met aussi les directions syndicales devant leurs responsabilités. Il y avait une solidarité massive mais passive avec eux. Qu'est-ce qu'elles attendaient pour appeler à une grève générale dans une région qui a déjà trop connu des fermetures d'usines ? La victoire des Cellatex (qui est limitée parce que l’usine ferme) aurait pu être transformée en un front de résistance bien plus large.

Eco-terrorisme ?
L'association radical verte Robin des Bois a parlé d' " éco-terrorisme ".Le volume d'acide déversé dans la Meuse était "moins que ce qu'on balance toutes les semaines " en fonctionnement normal. Cellatex est classé Seveso, c’est-à-dire sur la liste noire des entreprises polluantes en France. C'est le premier polluant de zinc, le 2e pour les hydrocarbures et le 27e pour les composées organiques volatiles (cancérigènes). La station d'épuration prévue en 1994 n'a pas été construite pour des raisons économiques (responsable de la sécurité de l'entreprise). Et il n'y avait pas l'argent pour l'entretien des machines. Un accident début juin a provoqué une fuite d'acides dix fois supérieur à celle de juillet dans le Meuse.

La colère s'étend
Le 19 juillet les travailleurs de la brasserie d'Adelshoffen à Strasbourg ont occupé l'usine et ont menacé de faire exploser les bonbonnes de gaz. Le PDG les traitait de " petits cons ". En avril la direction (qui dépend du groupe Heineken) avait annoncé la fermeture de l'usine avec 101 licenciements. Leur principale revendication est tout simplement d'obtenir des négociations.

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