
N°33 - août 2000
Édito
La bombe a explosé
Millau, Givet (Cellatex), Adelshoffen (Heineken).Des noms inconnus pour la majorité d'entre nous il y a encore peu.Des noms devenus les symboles " qu'on ne laissera plus faire ".Des noms devenus les symboles d'un climat explosif.
Et chaque fois que ces noms sont cités, c'est un peu plus d'inspiration pour tous ceux qui n'acceptent plus la loi du marché. Certains ont osé parler de 'terrorisme social' à propos de José Bové, des travailleurs de Cellatex et de Heineken. Quelle indécence ! Millau, Givet et Adelshoffen sont les étapes d'une lutte contre les vrais terroristes qui ont pour nom Sellière (dirigeant du Medef), Messier (Vivendi), Bouygues, Desmarest (Total), Jaffré (ex-PDG d'Elf) ou Arnault (PDG de LVMH et nouveau lauréat au classement des Français les plus riches parmi les plus riches).Ce sont en effet ces patrons qui jettent à la rue des pères et des mères de famille, ce sont eux qui veulent la privatisation de nos écoles et de nos hôpitaux, eux qui veulent punir les chômeurs et eux qui foutent en l'air la planète. Ce sont eux qui corrompent, pourrissent et écrasent aux quatre coins du monde. Mais face à eux la première récolte de Millau et Givet est déjà tombée.
Défaite cinglante
Le gouvernement a dû infliger une défaite cinglante au Medef sur l'Unedic. Devant la radicalisation de ceux qui sont aussi ses électeurs potentiels, la gauche au gouvernement a condamné en termes nouvellement radicaux les propositions du Medef sur l'Unedic. Une bombe a explosé dont les ondes de choc vont se faire sentir au delà de la question de l'Unedic. Au sein des syndicats cette décision fait basculer les rapports de forces. La direction de la CFDT qui a lié son sort à la collaboration avec les patrons est désormais marginalisée et dépend encore plus du Medef tandis que les syndicats qui refusaient la réforme de l'Unedic sont renforcés. L'idée qu'on n'est pas obligé de se soumettre aux exigences des patrons, en France celles du Medef, au niveau mondial celles du FMI, prend tout à coup plus de force pour des millions de gens. Nous n'oublions pas que le gouvernement n'a pas changé de philosophie fondamentalement. Sur l'Unedic il ne remet pas en cause la nécessité de contrôler et de sanctionner les chômeurs pas assez pressés d'accepter n'importe quel boulot. Sur l'immigration la seule réponse de Chevènement au drame de Douvres c'est d'augmenter la probabilité de nouveaux drames de ce type en renforçant la répression au lieu d'ouvrir les frontières. Mais dans une période de radicalisation des luttes, une défaite infligée aux patrons a comme effet immédiat de renforcer les attentes et la confiance des travailleurs. Dans la lutte de classes qui se développe en France, la bataille sur l'Unedic est une défaite pour les patrons et Notat, une victoire pour les travailleurs. Elle ne marque pas la fin de la lutte mais nous avons plus de confiance dans notre camp et les patrons sont un peu sonnés. Il ne faut pas les laisser s'en remettre. Ce ne sera pas le gouvernement qui s'en chargera. La gauche qui veut gérer le système a besoin des patrons. Notre force ce n'est pas Jospin, Chevènement ou Aubry. Nous avons vu de quels reculs ils étaient capables devant les patrons depuis plus de deux ans. Notre force c'est d'être des centaines de milliers à être impliqués dans nos syndicats, nos associations, nos organisations. Mise en mouvement, cette force est une vraie bombe, encore plus puissante que celle qui vient d'exploser, plus efficace que les produits chimiques entreposés à Givet ou Adelshoffen. Le 26 septembre les grands frères du Medef, le FMI et la Banque mondiale, tiennent une conférence à Prague. Prague peut être un point de convergence pour toutes les luttes et la colère qui sont en train de se développer. S'organiser dès maintenant pour que des délégations venant de nos entreprises, de nos quartiers, de nos facs y convergent pour manifester, c'est commencer à amorcer la bombe qui pourra mettre fin au terrorisme des défenseurs du capitalisme.