N°33 - août 2000

Rage contre l’Amérique des riches

" Les gens savent que ce gouvernement est dirigé par des intérêts financiers et industriels et que le gouvernement des patrons s'est emparé de notre gouvernement. " Ce commentaire est de Ralph Nader, le candidat du Green Party pour la présidence des États-Unis. Il a secoué la campagne présidentielle en s'attaquant à l'Amérique des patrons.

Nader a dénoncé le fossé entre les riches et les pauvres qui s'est agrandi dans le plus riche des pays capitalistes : " aujourd'hui la fortune financière de 1% des foyers les plus riches dépasse la richesse combinée de 95% des foyers les plus pauvres aux USA. Au début de cet année la fortune de Bill Gates équivalait à la fortune réunie de 120 millions d'américains. Cela signifie que des dizaines de millions d'américains, qui travaillent année après année, décennie après décennie, sont presque fauchés. Quel genre de démocratie apporte ce type d'inégalités ? "
Anticapitaliste
Nader a cristallisé autour de sa personne la répulsion envers les politiciens pro-capitalistes qu'ils soient démocrates ou républicains, qui dominent l'arène politique américaine. Ainsi qu'il le dit : "La seule différence entre un Gore et un Bush [candidats respectivement démocrate et républicain aux élections NDT] est la vitesse avec laquelle leurs genoux frappent le sol quand les multinationales frappent à la porte. " Il surfe d'ailleurs sur la vague anticapitaliste à l'origine des manifestations comme Seattle et Washington. Les sondages lui accordent pour l'instant 7% d'intention de vote. Nader était très présent à Washington en avril contre le FMI et la Banque mondiale. Lors d'un meeting anticapitaliste il fut acclamé par la foule pour ses attaques sur les multinationales qui achètent les politiciens américains. Lors du lancement de sa campagne, il a déclaré : " Les géants financiers et leur FMI et autre banque mondiale continuent leur politiques d'ajustements structurels dans les pays du tiers-monde, réduisant les budgets publics, diminuant les pouvoirs d'achat des plus pauvres, remplaçant la culture de subsistance par des productions destinées à l'exportation, alors qu'ils imposent des mégaprojets dangereux pour l'environnement et qui engraissent les dirigeants locaux. " La candidature de Nader représente la plus grande fracture sur la gauche du parti démocrate depuis 50 ans. Il a réussi à obtenir le soutien du puissant syndicat des Teamsters (routiers) et devrait avoir celui de l'Auto Workers'Union. C'est un revirement pour les syndicats qui soutenaient habituellement le parti démocrate. Il met en avant une " couverture maladie universelle, accessible et de qualité " et cela aura un impact sur des millions de personnes qui n'ont accès à aucun traitement. Il est contre la peine de mort, défend le droit à l'avortement ainsi que les droits des gays et lesbiennes. Nader est un personnage important aux USA. Il est le défenseur des consommateurs. Il a fait notamment campagne contre General Motors sur la sécurité routière, réussissant à obtenir le retour à l’usine de dizaines de milliers de voitures et un durcissement des spécifications de sécurité.
Alternative à gauche
Lors de la précédente élection en 1996, Nader n'avait obtenu que 1% des voix. L'augmentation en dit long sur la colère qui se développe à la base de la société américaine. Dans certains États, il obtiendrait jusqu'à 12 %. Des sondages révèlent que, parmi les gens qui n'iront pas voter (plus de 50 % de la population active) le soutien est encore plus important. Il n'est pas socialiste et bien qu'il ait la candidature du Green Party, il se déclare indépendant. Il y a beaucoup de choses avec lesquelles des socialistes ne seraient pas d'accord, par exemple sa rhétorique protectionniste au sujet de la défense des " boulots américains " et celle du marché américain contre la compétition étrangère. Mais il ne fait aucun doute que la campagne de Nader représente une énorme opportunité pour ceux qui, aux USA, veulent construire une alternative à gauche au système. Nader déclare que sa stratégie de campagne est de " ramener des milliers de personnes dans la communauté politique progressiste ". Cela représente un grand pas en avant dans un pays considéré comme le cœur de la bête capitaliste.

La colère des travailleurs explose à Los Angeles
Les syndicats sont de retour aux USA avec l'explosion du militantisme à Los Angeles. Une grève de 11 semaines des acteurs, des manifestations de professeurs et des infirmières et la syndicalisation massive des travailleurs latinos ont plongé Los Angeles dans la tempête. Des membres de la Screen Actors Guild sont en grève contre la tentative des agences de pubs de casser les salaires. Ils sont normalement payés chaque fois que la pub apparaît mais les patrons ne veulent les payer qu'une seule fois. Ce n'est pas une grève passive. Ils ont lancé une campagne de désobéissance civile et se préparent à aller en prison. Ils prévoient de s'allonger devant les portes de McDonald's et de stopper le trafic. Début juillet, 2000 professeurs manifestaient en ville contre la réduction de leur salaire ; 300 infirmières avaient la veille bloqué totalement la circulation. Peu de temps après, un meeting du syndicat AFL-CIO regroupait 20 000 personnes en soutien aux immigrés. Les syndicats qui auparavant condamnaient les travailleurs immigrés au nom de la défense du travail de leur propres membres, demandent maintenant l'amnistie pour les travailleurs clandestins. Le tournant majeur de Los Angeles reflète le succès de la syndicalisation des travailleurs latinos. Récemment les travailleurs de l'hôtellerie ont gagné une grève contre la casse prévue de leur boulot par la sous-traitance et font maintenant des piquets devant les hôtels pour la reconnaissance de leur syndicat. Les syndicats recrutent maintenant les étudiants qui avaient organisé les travailleurs du textile pour faire la même chose avec les travailleurs étrangers. Un syndicaliste a déclaré au sujet de cette nouvelle ambiance : " Depuis des dizaines d'années le mouvement ouvrier ressemblait plutôt à une institution. Maintenant il essaye de devenir vraiment un mouvement. "

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